Juifs Marocains
Le judaïsme berbère remonte très loin dans le temps, les navigateurs commerçants phéniciens, sans quil soit possible de situer exactement la date à laquelle cette migration a commencé. Certains la font remonter à lépoque de Salomon (1er millénaire av. J.-C.), dautres à la période qui a suivi la destruction du Premier Temple (587 av. J.-C.), dautres encore à une date plus récente, après la destruction du Second Temple (70 de lère chrétienne).Une première remarque simpose : de tous les peuples qui, très tôt, ont commencé à se déplacer en Méditerranée dEst en Ouest, seuls les Juifs navaient aucune visée conquérante ou colonisatrice et tout à fait paradoxalement, de tous les peuples qui se sont succédés, les seuls ont survécu jusquà nos jours, sinfiltrant dès le début et sintégrant dans la trame de la société et de la culture locales. Très tôt, ils essaimèrent depuis les comptoirs phéniciens côtiers vers lintérieur des terres, sinsérant de manière organique dans chaque tribu, chaque village, simprégnant de lenvironnement et linfluençant en retour.
Ironie du sort : ceux qui ont su et pu survivre à tous les bouleversements qui ont secoué la région, se sont trouvés, au milieu de ce siècle, impliqués, imbriqués dans un autre phénomène historico-politique non moins étonnant que leur survie. Cest celui du retour en masse des juifs du Maghreb et dOrient, sous limpulsion de la vague messianico-sioniste des années 50 et 60, vers la même terre qui a vu certains de leurs lointains ancêtres, plusieurs siècles auparavant, partir à laventure en compagnie des intrépides marins de Tyr et Sidon. Ici semble se clore un chapitre passionnant de lhistoire des migrations en Méditerranée. Fin dune coexistence quévoquent avec nostalgie ceux qui sont restés sur place, beaucoup moins ceux qui sont partis vers leur nouveau antique destin.
Le « printemps berbère », comme a été baptisé léveil ethno-culturel amazigh, constitue une motivation supplémentaire pour tenter délucider ce phénomène dosmose entre le Maghreb préislamique et les premiers représentants du monothéisme que les Berbères ont rencontrés, ce qui les a probablement préparés à adopter plus facilement lautre version du monothéisme, celle de lislam. Cette rencontre judéo berbère que certains auraient tendance à décrire comme un coup de foudre, présente des aspects énigmatiques que labsence de preuves historiques irréfutables rend encore plus obscurs. Lintérêt très marqué de la part de certains militants pour le judaïsme, quils considèrent comme une composante de leur identité, est à la fois un adjuvant et un danger. Une recherche plus poussée simpose pour en savoir plus sur les affinités, les apports mutuels et les relations réelles entre la communauté juive minoritaire qui a conservé sa pleine et entière autonomie religieuse et culturelle, et la communauté berbère majoritaire qui, malgré son islamisation totale, a cependant conservé dans son patrimoine quelques traces indélébiles de son contact avec le judaïsme bien avant larrivée de lislam.
Mais qui sont les Berbères? Ont-ils toujours vécu en Afrique du Nord et aux abords du Sahara? Lincertitude des historiens et des archéologues, linsuffisance de preuves épigraphiques, laisse la place libre à limagination qui, de toute façon et traditionnellement, sest donné libre cours, renforcée en cela par certains écrits juifs et arabes du Moyen Age. Ces écrits font état de légendes sur lorigine « cananéenne » des Berbères, dont lancêtre ne serait autre que le célèbre chef militaire Goliath (en berbère Jalout). Le légendaire simbrique ici dans lhistoire, linterprète, la pervertit, lidéalise, favorisant lexploitation idéologique, culturaliste. Il faut dire quil y a là une sorte de revanche de la part dune civilisation dénigrée cherchant à se réhabiliter, en minimisant ce quelle doit à lenvironnement culturel dominant et en amplifiant la dette quelle pense avoir contractée vis-à-vis dune autre, dénuée, celle-là, de toute prétention à lhégémonie. Mais il y a davantage : outre le mythe de lorigine juive (ou cananéenne), a cours une autre thèse reconnue plus ou moins comme historique, bien quencore insuffisamment attestée, selon laquelle les Berbères auraient été en partie judaïsés. Les divergences à ce sujet entre historiens vont bon train, principalement quand il sagit de la figure historico-légendaire de la Kahina.
La société berbère semble avoir été lune des rares à navoir pas connu lantisémitisme. Le droit berbère, azref, dit « coutumier », contrairement au droit musulman (et au droit juif, soit dit en passant), est tout à fait indépendant de la sphère religieuse. Il serait, par essence, « laïque » et égalitaire, et nimpose aucun statut particulier au juif, alors que la législation musulmane fixe le statut du juif (et du chrétien) en tant que dhimmi, « protégé », soumis à certaines obligations et interdictions. Le juif occupait une place bien définie dans le système socio-économique du village berbère : il remplissait généralement la fonction soit dartisan (orfèvre, cordonnier, ferblantier), soit de commerçant, lune et lautre occupation pouvant être ambulantes. Aujourdhui encore, après trente ou quarante ans, les villageois de lAtlas et des vallées sahariennes se souviennent avec nostalgie du temps où les juifs faisaient partie du paysage, allant jusquà imputer à leur absence la raison de leurs misères actuelles.
Peut-on en dire autant de limage du Berbère musulman auprès de son ex-compatriote juif ? Rien nest moins sûr. Il y a eu là comme un refoulement chez les juifs berbères immigrés en Israël quant à leur passé, dû sans doute à plusieurs raisons : leur nouvelle identité israélienne acquise « aux dépens » de leur précédente identité, les préjugés et quolibets qui frappaient et frappent encore les « chleuhs » (même en Israël). Leurs enfants et petits-enfants, nés en Israël, sont dans lignorance totale du patrimoine berbère de leurs parents.
Les propos dEl Bekri témoignent de leurs succès, dit-il « Fez est le centre dactivité commerciale des premiers Juifs expulsés dAndalous. Ce fut à Fez que Moshé Ibn Maïmoun dit Maïmoudi rédigea en arabe vers 1159-1165 sa célèbre Epitre sur la persécution (Igueret Hachemad). Il préconisait pour sa part, soit de quitter ces lieux pour aller là où on pourra pratiquer la Torah sans crainte ni peur ». En 1165 le Dayan de Fez est brûlé vif. Les Juifs sont restreints à porter des vêtements distinctifs, bleus et larges, avec la tête couverte dun châle jaune. Il est difficile dévaluer limpact des recommandations sur le maintien de la communauté juive, en particulier à Fez, jusquà lévénement des Mérinides, où elle simpose avec éclat. En 1438 les Juifs de Fez sont accusés davoir profané une mosquée et sont contraint de sinstaller dans un nouveau quartier près dune mine de sel, qui prendra le nom de « mellah » Des conseils sans doute ont contribué à nourrir la suspicion tenace dont étaient entourés les Juifs convertis à lIslam. Descrimination dictée par des considérations autour de ce haut lieu du commerce fassi qui était la kissaria ? En tout cas les musulmans fassis dorigine juive, furent par simposer dans tous les domaines. La communauté juive diminuée par les conversions mais grossies par larrivée dautres vagues successives en provenance de la péninsule ibérique, dailleurs bénéficia dun apport décisif en 1391-1392. Lune de leur particularité fut leur intégration avec les autochtones fassis. La stabilité intervient à partir de 1470 et surtout en 1492 avec lafflux des réfugiés.La recherche sur les Juifs vivant parmi les Berbères reste encore à faire et nous sommes conscients des lacunes qui restent à combler. Ce que jai essayé de montrer dans cette recherche est que notre savoir sur les Juifs ruraux du Maroc, reste largement tributaire des stéréotypes sur le Juif berbère. Ces stéréotypes sont acceptés aussi bien par le colonisateur et que par les colonisés, reflétant les divisions qui ont été entretenues en Israël du fait de la parennité des mythes concernant les Juifs berbères. Haïm Zafrani a même identifié un texte sacré, la Haggada de Pesah, écrit en amazigh.
Après lavènement de lIslam et surtout au milieu du XIIe siècle sous le règne des Almoravides, la conversion était sous la contrainte, les non convertis étaient simplement exécutés. Pendant cette période plusieurs tribus juives ou berbères judaïsmes furent convertis à lIslam et nous en portant les gènes. Et là, cest un grand tabou. Combien de marocains sont actuellement juifs convertis à lIslam ? En toute logique statistique un peuple installé depuis des milliers dannées ne peut pas se réduire sans raison. Notre subconscient « Si on cherche dans nos racines, nous risquons de tomber sur un ancêtre Juif ». Des grandes familles et des tribus musulmanes portent toujours des noms hébraïques. Il y a lieu de rappeler que notre territoire a connu la coexistence des trois religions manotheistes : Judaïsme, Christianisme et Islamisme. Les traces des ancêtres éponymes de plusieurs tribus amazighes : Ait Daoud (David), Ait Ishaq (Isaac), Ait Yacoub (Jacob)
,et pour lIslam Moh, Moha , Ait Mhammed (Mohamed), Akka (Abdelkader), Bihi (Brahim), également on remarque un manifeste dans les arts culinaires, artisanat, agriculture et notre monnaie ancienne est gravée de létoile David. Cest au Maroc et Afrique du Nord quune grande partie du peuple Juif a réussi à vivre en paix alors que partout au monde les Juifs ont subi les pires répressions, cest un motif de fierté pour Imazighen. La tolérance a toujours guidé leur mode dexistence.
Ils furent les premières victimes des troubles et des soulèvements provoqués par lingérence des Européens. Tant que les raisons complexes qui ont poussé cette communauté installée depuis plus de deux milliers dannées au Maroc à sexiler, nauront pas été clairement enseignées dans les livres dhistoire, les générations futures ne pourront jamais concevoir que lon peut être juif et marocain. Pour eux « le vieux Maroc » sécroula en montrant son plus mauvais visage, celui de la haine et des persécutions. Le Judaïsme marocain traversa alors des moments difficiles tout en connaissant une crise interne du fait de lopposition en son sein entre une minorité agissante largement éprise de modernité et une majorité demeurée fidèle sur le plan culturel, intellectuel et encore plus religieux, à une tradition figée depuis larrivée des expulsés dEspagne en 1492-1497. Bien après des années 1940, ils furent victimes de discrimination raciale instaurée en France, la communauté qui épouse les idéaux du colonisateur au point de vouloir prendre sa nationalité, se trouve en butte contre sa politique raciste
Depuis 1860 avec le processus de modernisation imposé par les puissances étrangères sous le règne de Sidi Mohamed ben Abderrahman, la France en loccurrence, un processus dans lequel la minorité juive adopte un comportement très différent de la majorité musulmane. Cétait un point de départ aussi lors de la prise de Tétouan par larmée espagnole à la suite dune escarmouche avec larmée marocaine dès le règne de Maulay Yazid ben Sidi Mohamed. Cest aussi de cette date que commence lintérêt des organisations philanthropiques juives internationales dAngleterre, dAllemagne, des Etats-Unis et surtout de la France pour le Judaïsme marocain. La démarche était dintervenir auprès des autorités marocaines en vue de lamélioration de leurs conditions sociales et surtout de leur statut « Dhimmis » qui leur était imparti en temps que minorité religieuse. Il faut également reconnaître que la rigidité de la politique marocaine dans ce domaine leur facilita la tache. Une minorité agissante était conquise à lappel de la modernisation, la grande majorité des Juifs marocains étaient conservateurs. En dehors de lorfèvrerie, de la frappe de monnaies, du travail de cuirs, de laines et de fabrication darmes, les Juifs intervenaient par le biais « dassociations » dans lagriculture (oliviers, figuiers, vignobles) et jouaient un rôle important dans le ramassage de ce produit stratégique. . Pour ce qui est de notre histoire, les Berbères et les Juifs ont cohabité en harmonie. Des Berbères furent convertis au Judaïsme, des brassages génétiques avaient lieu, alors du fait de labsence de lobstacle religieux. Les premiers Juifs sont arrivés cinq siècles avant J.C, donc les Marocains par leurs ancêtres ont du être juifs ou animistes. Les Arabes sont venus en colonisateurs, il a fallu asseoir lIslam et la civilisation, ils ont donc piétiné tout ce qui existait déjà. Lhistoire berbère en a également fait les frais.
De 1912 au 1927, les opérations de pacification se poursuivent ; grâce à lalliance israélite, lenseignement du français va prendre une importante considérable dans la communauté juive. Le protectorat permettra également limmigration des Juifs vers lAmérique du Nord et du Sud. La communauté juive en France bien avant la première guerre mondiale neut son salut que grâce à lintervention du Roi Mohamed V, il la soutiendra à plusieurs reprises, il a ainsi déployé un énorme parasol royal qui a protégé les Juifs marocains de la vindicte génocidaire de lAllemagne nazie et de ses exécutants, par procuration, de Vichy.
En juin 1948 quelques jours après la déclaration dindépendance de lEtat dIsraël des persécutions ont éclaté à Jerada et à Oujda. En 1954 à la veille de lindépendance du Maroc, dans les mellahs de Casablanca, de Rabat, des biens ont été pillés, des écoles saccagées et des synagogues brûlées car pour les jeunes marocains le Juif est dabord Israélien. Cette vision existe même chez une certaine élite marocaine. Après la résistance de Mohamed V qui réduit la pression de la résidence sur les Juifs marocains, le Roi entre publiquement en dissidence selon une note du Quai dOrsay lorsquil déclare aux notables juifs invités à la fête de trône « Je napprouve nullement les lois anti-juives et je refuse de massocier à une mesure que je désapprouve. Je tiens à vous informer que comme par le passé, les israélites restent sous ma protection et je refuse quaucune distinction soit faite entre mes sujets ». Puis une audience secrète accordée aux représentants de la communauté juive afin de les assurer quils ne seront, en aucun cas, dépouillés de leurs biens. Ces actes font de lui jusquaujourdhui comme leur sauveur, le plus grand, le plus juste et aussi lun des dirigeants les plus tolérants que les Juifs naient jamais connu dans leur histoire.
Chez les Ahl Debdou, le tombeau de Sidi Youssef Elhadj que Musulmans et Juifs se réclament de lui. Toujours à Debdou la tombe du Rabbin Chloumou Mimoun (au temps des Mérinides), il y existe un clan dAoronides au XIXe siècle à propos deux, Sloush écrit « Les Berbères préférent tuer vingt musulmans que de toucher à un seul Juif ». Sidi Ali ou Yahia dit Bou Tkhnift ancêtre des Ait Sidi Ali aussi Ait Serghouchène tous sont des marabouts dEl Mers. Un tombeau juif à Rich (Rachidia) de Rabbi Itzhak Abessehra, un autre à Ben Ahmed, celui de Rabbi Yahia Lakhdar, un autre à Ouezzane, celui de Amrane Bendiwana, un autre, un autre
Des dizaines de mausolés sont visités annuellement par des Juifs du Maroc et du monde entier qui viennent spécialement pour célébrer leur saint. Cest la fameuse Hiloula ; Chinoune plus connu sous Sidi Chenaoui, aussi Daniel ou Sidi Diniale sont des saints juifs qui sont également visités par des pèlerins berbères musulmans.
Les Juifs berbères sont non seulement des sujets de fierté pour nos concitoyens, mais ces marocains juifs sont nous et nous sommes eux. Ils étaient nos collègues au travail, nos copains de classe, nos partenaires en affaires, nos voisins. Il est crucial pour nous autres marocains de renier notre propre identité. On trouve donc surprenant aujourdhui que les Juifs marocains véhiculent la culture marocaine alors que lon trouverait cela normal si cétaient des musulmans. Aujourdhui la nouvelle génération cest uniquement lIsraélien vu à la télévision par contre lancienne génération c'est-à-dire nos arrières grands pères, le lien entretenu était étroitement lié à lespace dans lequel on se situait. Une autre raison importante est la méconnaissance totale des marocains de leur vraie histoire : ( Les Arabes sont venus en colonisateurs, il fallait asseoir lIslam et la civilisation arabe, donc ils ont piétiné tout ce qui existait déjà). Il y a eu dautres éléments comme la colonisation. On évoque souvent le Dahir berbère, mais on oublie de parler des autres pratiques qui ont favorisé la séparation des communautés juives, berbères et arabes.
Les contingents Amazighs conduits par les chefs dans de fructueuses conquêtes faites au nom de lIslam furent amenés tout naturellement à la conversion. A vrai dire cest étrange cette merveilleuse histoire de transformation dune population de plusieurs millions dAmazighs par quelques milliers de bédouins. Les communautés juives marocaines ont été plurielles, leur cxistence avec lautre na pas été linéaire. Elles dépendaient étroitement des religions, des tribus et des espaces partagés. Cest cette pluralité qui sest inscrite de manière indélébile dans lidentité marocaine. La fête de la Mimouna qui se tient chaque année, le dernier jour de Pâque, à cet occasion les familles juives préparaient un panier plein de mets juifs et allaient prendre leur premier thé sucré chez une famille musulmane. En échange de loffrande, la famille recevait de la part de ses hotes musulmans de la farine, du lait et du miel. Cette fête a donc institutionnalisé le dialogue entre les communautés et nulle part on ne retrouve une telle symbiose. Autrefois les mères juives et marocaines (musulmanes) avaient lhabitude dallaiter chacune lenfant de lautre, si un bébé musulman pleurait, la mère juive lallaitait et vice versa. Les familles juives aisées pratiquaient également les métiers de courtage, le commerce de produits agricoles et une activité interdite aux musulmans : le prêt à intérêt.
Aujourdhui plus de la moitié des Marocains sont défavorables aux Juifs. La situation désastreuse dans les années 80 des camps de Sabra et Chatilla a écoeuré les Marocains au point de considérer tous les Juifs comme des monstres. Une autre raison importante est la méconnaissance totale par les Marocains de leur histoire.
HACOHEN Azzogh David Ben Baroukh (XVIIIes.). Originaire du Maroc (Azrou Nbahamou).
Rabbin, il est considéré comme un saint célèbre. Sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage
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